Les premières notions s’acquièrent vite. Types d’ordres, lecture d’un graphique, fonctionnement d’un compte-titres : quelques semaines suffisent à couvrir l’essentiel du programme de départ.
Ensuite, la progression devient moins lisible. Les concepts de base sont maîtrisés, les documents pédagogiques semblent répéter ce que l’investisseur sait déjà, et rien n’indique clairement quelle étape vient après. Ce n’est pas un manque de ressources. C’est un problème de repérage : il devient difficile de savoir ce que l’on ignore encore.
Sommaire
Ce qu’un parcours structuré apporte à ce stade
C’est précisément là qu’un programme conçu par quelqu’un d’autre reprend de la valeur. Une plateforme d’apprentissage de l’investissement propose un plan de matières que l’investisseur n’aurait pas choisi lui-même, et cette couverture imposée constitue son principal intérêt.
La lecture autonome suit la curiosité, et la curiosité suit naturellement ce qui est déjà familier. Un investisseur qui détient des actions lira sur les actions. Les sujets qu’il n’a jamais rencontrés restent hors de son champ, jusqu’au jour où sa situation change.
Un programme structuré couvre notamment :
- Les instruments non détenus : obligations, produits dérivés, positions vendeuses
- Les mécanismes invisibles quand tout se passe bien : appels de marge, dénouement, opérations sur titres
- Les frais, dans leur totalité annuelle plutôt que transaction par transaction
- Le vocabulaire technique nécessaire à la lecture d’un prospectus ou d’un rapport annuel
L’écart entre connaissances perçues et connaissances réelles
Les données disponibles sur les investisseurs français éclairent ce point mieux que n’importe quel raisonnement théorique.
Une étude menée par l’OCDE à la demande de l’AMF a mesuré les connaissances financières des nouveaux investisseurs français, leurs motivations et leurs comportements, sur la base d’un échantillon de plus de 8 000 personnes. Le rapport complet est publié en français par l’OCDE et distingue quatre profils d’investisseurs aux besoins d’information très différents.
Le constat central concerne l’auto-évaluation. Ces investisseurs ont tendance à surestimer leur niveau de connaissances financières, tout en éprouvant des difficultés sur des questions portant sur des notions simples.
Cet écart est la contrainte principale pour tout autodidacte. Personne n’étudie un sujet qu’il croit déjà maîtriser.
Le marché n’aide pas à corriger cette perception, puisqu’il renvoie un résultat et non un raisonnement. Une opération gagnante conforte le raisonnement qui l’a produite, même lorsque ce raisonnement était fragile. Un programme structuré fournit le repère extérieur que l’expérience seule ne donne pas.
Une population plus nombreuse qu’on ne l’imagine
Le phénomène concerne un public large, ce qui rend la question de la formation collective plutôt qu’individuelle.
Selon les chiffres relayés lors de la publication de l’étude, l’AMF estime que 800 000 nouveaux investisseurs ont commencé à investir en actions entre 2020 et 2022, ces nouveaux entrants représentant environ 12 % de la population française.
Une part significative de ces investisseurs a désormais trois à cinq ans d’expérience. Ils ne sont plus débutants, mais leur formation initiale s’est souvent faite au fil des positions ouvertes, avec les angles morts que cela suppose.
Construire une routine d’apprentissage réaliste
L’obstacle concret n’est pas la motivation mais le temps disponible. Quelques principes rendent la démarche tenable :
- Associer l’étude à la relecture des positions. Un concept lu juste après l’avoir rencontré sur une position réelle s’ancre nettement mieux
- Travailler en dehors des heures de marché, par séances courtes et régulières plutôt que par sessions longues et espacées
- Approfondir un sujet par mois au lieu de survoler une dizaine
- Tenir un relevé écrit des décisions et de leur motivation
Ce dernier point mérite l’attention. Un relevé écrit est le seul moyen de vérifier si ce qui a été étudié se retrouve effectivement dans ce qui a été fait. Et il corrige un biais que la mémoire seule ne corrige pas.
Mesurer les progrès autrement
L’indicateur pertinent n’est pas le nombre de modules terminés mais le changement de comportement :
- Moins de décisions prises en dehors du plan initial
- Des tailles de position plus homogènes sur des situations comparables
- Un écart réduit entre durée de détention prévue et durée réelle
- Un suivi tenu de façon régulière plutôt que par à-coups
Ces quatre éléments se lisent directement dans un journal de suivi, ce qui constitue un argument supplémentaire pour en tenir un.
Ce que la deuxième étape change réellement
La seconde phase de formation d’un investisseur produit moins de résultats visibles que la première. Elle consiste surtout en ajustements successifs d’un processus déjà en place, ce qui explique qu’elle soit souvent négligée.
Mais c’est là que se construit la régularité. Les investisseurs qui intègrent l’apprentissage à leur routine, plutôt que de le considérer comme une phase préparatoire achevée, atteignent plus vite une pratique cohérente.
Reste à déterminer combien de temps y consacrer, et la réponse dépend surtout de l’ampleur de l’écart entre les connaissances estimées et les connaissances réelles. C’est précisément l’écart que les études mesurent, et celui que chacun peut vérifier chez soi en se soumettant aux mêmes questions.